Du poil de la bête
AVANT (estimation des sondages)
Bon ! Quand même ! Les 47% de français qui ont voté contre Nicolas Sarkozy ne sont pas totalement morts et ensevelis. Bonne nouvelle ! Fin de l’état de grâce pour la droite. La gauche effondrée se relève de ses cendres et tant pis si ça suscite des métaphores hétéroclites.
Sursaut, ressac, reflux : la gauche réussit à contrer la vague bleue. Le tsunami prédit n’a pas eu lieu. Mais qui donc avait employé ces expressions, qui donc avait vendu la peau de l’ours ? « Pas nous », dit la droite. Pourtant Fillon avait l’air bien sûr de lui…
Les journalistes se taisent, un peu piteux… Honteux de leur empressement à enterrer la gauche et à célébrer le nouveau pouvoir ?
Ce soir, pourtant, on avait presque oublié qu’il y avait une soirée électorale. Les bandes-annonces égrenées toute la semaine n’avait pas réussi à relancer le suspense. Ce soir, ne nous étant même pas rendu aux urnes puisque notre vote de la semaine dernière n’avait pas suffi à empêcher la victoire au premier tour du candidat de l’UMP se présentant dans notre circonscription, nous continuions à surfer mollement sur la vague de la morosité et du cynisme qui nous a personnellement touché le 6 mai. Ce soir, donc, soirée morne en perspective : dimanche, fête des pères et temps de chien, victoire de la droite annoncée, rien de quoi se réjouir, a priori.
18 heures : on traîne tout de même un peu devant la télé pour savoir au moins si les gens sont allés voter, et là, mauvaise nouvelle: une abstention quasi similaire. Pourtant, le journaliste souligne lourdement que cette abstention n’indique pas forcément que ce soit les mêmes électeurs qui se sont déplacés… Bon, dans le petit jeu qui consiste à décrypter ce que les journalistes savent déjà mais ne doivent pas dire, on se prend à rêver que les électeurs de droite se soient peut-être un peu démobilisés et que ceux de gauche aient peut-être saisi l’occasion pour limiter les dégâts…
Et puis, une image tout de même attire notre attention : le journaliste en direct de Bordeaux est particulièrement sollicité par Pujadas et il apparaît bien hésitant sur l’issue du scrutin qu’il ne doit pas révéler et surtout bien seul dans la cour de la mairie…Se tramerait-il quelque chose ? Juppé n’aurait-il décidément pas de bol? On savait que Bordeaux avait voté en majorité pour Ségolène, mais de là à envisager qu’il soit obligé de démissionner juste un mois après avoir pris la tête de son super ministère… Le pauvre, c'est toujours lui qui trinque.
Alors on se dépêche quand même d’expédier le repas et les mômes pour pouvoir être prêt à 20 heures, et là, coup de théâtre ! La répartition des sièges à l’assemblée s’affiche sur l’écran et on a beau ne pas avoir trop suivi la campagne, on sait très bien que le nombre affiché ne correspond pas aux estimations catastrophistes annoncées toute la semaine. Où sont les 450 députés UMP annoncés ? Non, ce n’est pas possible !
Alors soudain, un imperceptible changement dans l’air semble se produire, un mouvement, un peu d’espoir, quelque chose qui bouge, depuis un mois qu’ on assiste impuissant à la comédie infernale du candidat et de ses affidés préparant leurs petits aménagements, condamné à se demander à quelle sauce les plus pauvres vont être mangés, soudain, une envie d’écrire sur son blog… Ça fait du bien, « on respire », comme dira Mélenchon.
Mais que s’est-il passé entre les deux tours?
D’abord, il y a eu l’embrouille de la TVA sociale et, ça c’est Fabius qui a su levé le lièvre, et il n’a pas manqué de le rappeler ce soir…
Au soir du premier tour, il demande à Borloo de dire clairement s’il prépare une augmentation de la TVA. L’homme a des principes, il ne ment pas, tente de rester évasif mais avoue être sur un projet. Le lendemain, Fillon choisit d’assumer et de préciser la mesure. S’ensuit un cafouillage dû en partie au manque de préparation d’un dossier pas encore bouclé mais surtout au caractère profondément injuste de la mesure qui révèle la réalité de la politique gouvernementale. Devant l’ampleur de la polémique, Sarkozy pond in extremis un communiqué qui est censé mettre fin au débat mais qui ne fait que souligner le malaise.
Borloo, la boulette …
Et puis, il y a eu sans doute le rôle des électeurs du modem : 17% de français à la trappe, derrière un candidat abandonné de tous à cause du chantage électoral mené par le clan sarkoziste, de quoi être aigris. Et là, Ségolène Royal a sans doute joué un rôle, même si ses adversaires ont cru bon de s’en gausser, comme c’est l’usage. Ségo, qui n’a pas d’orgueil mal placé, et ose dire qu’elle a laissé un message sur le répondeur de Bayrou. L’UMP, refusant toute main tendue, préfère les appels du pied et annonce le soir même que son candidat se retire face à Bayrou.Alors, même si ce dernier ne rappelle pas Mme Royal, les électeurs du modem se souviennent sans doute du débat d’entre les deux tours. Ils semblent s’être plutôt mobilisés à gauche, étant définitivement passés dans l’opposition à Sarkozy. A droite, l’UMP avait fait, dès le premier tour le plein des voix du FN, pas de report possible de ce côté-là, alors que la gauche a fait front de toutes parts.
Ce soir, à la télé, Ségo, en direct de Melle, arbore son large sourire, Valérie Pécresse entonne sa ritournelle : « Sarkozy, les réformes, tenir ses promesse, aller vite, une majorité large… », , Emmanuel Valls s’enflamme, Rachida Dati sourie moins que l’autre jour, à Bordeaux, Juppé se fait siffler... Sur les plateaux, le débat s’enflamme à propos de la TVA, la droite accuse la gauche d’avoir caricaturé le projet, Borloo essaye de s’en sortir comme il peut : re-allégeance à Sarkozy, Strauss khan a fait un score supérieur à tous ses précédents, Xavier Bertrand préfère s’en tenir à l’émotion (Juppé, c’est son pote), Jean-François Copé, à son habitude, hausse le ton, les scores s’égrènent, on annonce que Borloo devra rendre des comptes, la droite a pris un coup dans l’aile, Montebourg a l’air soulagé, Razzye Hammadi pose trois fois la question à ses adversaires de droite: « Ne prenez-vous pas cela comme un signal »? Ambiance…
Et puis l’ultime coup bas : Pujadas lance, en plein débat, un peu sur le même ton triomphant que lors de son annonce-coup de poker du retrait d’Alain Juppé pour griller TF1 (voir http://www.acrimed.org/article1471.html), que Ségolène Royal déclare qu’elle se sépare de François Hollande. « Que pensez-vous de cette annonce, Monsieur Mélenchon ? » Le sénateur PS s’insurge du mélange des genres. Pujadas tente de rattraper le coup : « L’annonce devait être faite demain, avant la parution mercredi d’un livre qui le révèle, mais, ce soir, elle affirme qu’elle briguera le poste de secrétaire du PS si sa motion est majoritaire.. ». En réalité, pour ne pas interférer avec l’élection législative, l’annonce devait avoir lieu mardi matin dans une interview exclusive accordée à France Inter. Qui a porté le coup pour faire dévier le débat, pour éluder ce sursaut malvenu de la gauche, pour ridiculiser à nouveau celle que beaucoup semblent avoir intérêt à faire passer pour une gourde et une opportuniste?
La guerre des scoops en direct, voilà ce qui nous tient lieu de débat démocratique, voilà comment se fait une élection, flux et reflux.


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Chirac : un bon français.
Très tôt, il participe au gouvernement de Pompidou qui l’appelle « mon bulldozer ».





