samedi 28 avril 2007

Le débat Royal/Bayrou

Ce matin l’événement : le débat Royal /Bayrou, la petite finale pour reprendre les termes footballistiques du grand absent du jour: M. Sarkozy. Beaucoup avaient critiqué, à droite comme à gauche, la proposition de Mme Royal de tendre la main à M. Bayrou. On pouvait effectivement douter que ce soit une bonne idée.
En effet, Mme Royal commença en expliquant qu’elle n’attend pas de ralliement de M. Bayrou, pas de coup de théâtre. Qu’attendait-elle alors ? Quel était l’enjeu de ce débat ? Pourquoi avoir tant insisté pour rencontrer le troisième au risque de se faire accuser de compromission ?

Toute la difficulté du débat semblait résider dans la nécessité de dégager les convergences des deux programmes, sans avoir l’air, ni pour l’un, ni pour l’autre de se rallier aux idées de l’adversaire, de lâcher du terrain, ou de se dévoyer.

Alors, au début, pour se rassurer on se dit qu’à tout prendre, ce débat vaudra surtout pour l’image : les deux candidats, assis côte à côte, et devisant aimablement et calmement, chacun son tour de leur programme respectif. On se dit qu’il n’y aura pas de gagnant, et, qu’au pire, cela aura constitué un bon entraînement avant le face-à-face décisif avec Sarkozy. Mais l’on écoute quand même attentivement.

Sur les institutions, Mme Royal annonce une 6ème république qui renforcera le contrôle du Parlement, qui s’appuiera sur un syndicalisme de masse, et qui accompagnera une nouvelle étape de la régionalisation. M. Bayrou explique vouloir, quant à lui, plus de pluralisme et d’indépendance. Il ne parle pas d’une sixième république, mais critique la cinquième, au motif qu’elle concentrerait trop de pouvoirs dans les mêmes mains et qu’elle ne marcherait plus.

L’ombre du désormais troisième homme plane sur le débat quand M. Bayrou critique le "verrouillage médiatique" qui guette la société française : il évoque « des coups de téléphone variés disant : vous ne devriez pas…". ». «Je suis persuadé que ceux qui pratiquent ce système se trompent pour eux-mêmes ». Mme Royal est également contre la concentration de la presse même si « le pacte présidentiel est moins précis que ce que vous avez dit, » lui accorde-t- elle aimablement.

Sur l’Europe, Ségolène Royal plaide pour une Europe sociale avec un salaire minimum européen et une réforme de la banque centrale européenne. Bayrou, qui ne peut pas être d’accord avec tout, au risque de perdre toute crédibilité, se la joue soudain offensif. Il déclare avec une touchante application : « sur le salaire minimum, je ne suis pas d’accord ». Il explique que c’est impossible à réaliser et tente de se faire plus virulent : « cela ne résiste pas à l’examen une seconde ». Il ajoute qu’il n’est pas pour un euro faible, sur lequel, selon lui, M. Sarkozy et Mme Royal s’accorderaient, et qui entraînerait inévitablement la hausse des prix et des taux d’intérêts.

Mme Royal ne désarme pas et explique, avec calme mais conviction, que, même si ce n’est pas pour demain, le salaire minimum est un objectif indispensable, un principe à affirmer, non seulement pour lutter contre les délocalisations, mais aussi pour tirer vers le haut les pays au niveau de vie inférieur. Alors qu’elle commence à expliquer que réformer la BCE ne signifie pas un euro faible, M. Bayrou s’inquiète du temps de parole de la candidate et demande aux journalistes de « regarder leur chronomètre ».

Le téléspectateur s’interroge : M. Bayrou, qui n’est pas présent au second tour, doit-il bénéficier des mêmes règles que les deux finalistes ? Serait-ce de la méconnaissance de sa part ou une bouffée de mégalomanie du candidat perdant ?

Ségolène, fine mouche, déclare que, en ce qui la concerne, cela lui est égal si M. Bayrou a quelques minutes de plus qu’elle. « Mais ce n’est pas le cas pour le moment » souligne M. Bayrou, légèrement déconfit.

Sur les questions économiques, le candidat du centre droit croit devoir entonner le sempiternel refrain de la droite contre les socialos : « Je ne suis pas d’accord avec la vision étatique de Mme Royal ». M Bayrou a une idée fixe : la dette publique, et il remet en question « la sécurité sociale professionnelle garantie par l’état » selon la formule qu’il a été pécher » (sic) sur le site internet de la candidate. « Pourquoi y mêler l’état. Pourquoi ne pas la faire avec les partenaires sociaux ? » Réponse de son interlocutrice, ravie : « Mais M. Bayrou, vous êtes un excellent défenseur du pacte présidentiel ! Ce sont justement les partenaires sociaux qui doivent instaurer cette sécurité sociale en recyclant les fonds du chômage et ceux de la formation professionnelle ».

« J’accepte volontiers que Mme Royal puisse parler quelques minutes de plus, on n’est pas dans l’égalité » croit bon de préciser le chef de l’UDF qui se rappelle soudain qu’il n’est pas au second tour et qui ne peux plus lutter contre la verve convaincue et convaincante de celle que le suffrage a placée devant lui. Manifestement, elle maîtrise mieux le détail de ces grands dossiers.

Le débat reprend sur le système des cautions locatives : Bayrou veut une assurance privée. Mme Royal lui assure que les régions sont capables de le faire. Le candidat rétorque, les journalistes veulent couper court, elle parvient quand même à glisser que « les assurances s’enrichissent sur le dos des pauvres ». « Ca, c’est vrai » acquiesce Bayrou, définitivement à la traîne.

Les 35 heures enfin, le nœud du clivage gauche droite : Bayrou est contre, forcément. Royal pense que, malgré les quelques réajustements nécessaires là où elle a entraîné des aberrations, cette loi est un compromis social qui constitue pour bon nombre de famille un progrès considérable. M. Bayrou ajoute alors que ni Nicolas Sarkozy, ni lui-même, n’ont jamais proposé l’abrogation de cette loi car « comme vous l’avez dit à juste titre, certaines familles, etc. ». Si ce n’est pas se rallier cela…

Les retraites : même discours : « personne ne reviendra sur la loi Fillon, au contraire, il faudra aller plus loin, et réformer les régimes spéciaux » dit Bayrou. « La clé, c’est la relance de la croissance » affirme Mme Royal, et il faudra surtout « remettre à plat toutes les inégalités créées par cette loi ». Sur ce dernier sujet, Bayrou renchérit, et Ségolène se permet de le taquiner : « je vois que vous êtes plus dépensier que moi… Je suis satisfaite que vous disiez qu’il y a des dépenses nécessaires… »

Sur la police : Royal : « il y a des propositions de M. Bayrou que je trouve bonnes », Bayrou : « Je suis pour l’essentiel d’accord avec cette vision »

Les journalistes soulignent qu’il y a un énorme décalage de temps et que c’est Mme Royal qui a davantage parlé : "Alors je me tais" dit-elle, fairplay. Mais la messe est dite. Désormais, il peut toujours parler…

Sur la proposition du candidat de l’UMP de durcir les conditions du regroupement familial : « on est immédiatement populaire quand on dit des choses de cet ordre » et « ces conditions sont déjà très difficiles »

La Marseillaise ? « C’est moi-même qui l’ai remise dans le programme scolaire... » Le drapeau ? « Les goûts et les couleurs… »

Résultat du combat : Ségolène peut être déclarée gagnante aux points. Elle n’a pas viré à droite. Elle a défendu bec et ongles son pacte présidentiel, réexpliqué ses mesures concrètes et montré leur cohérence avec ses principes humanistes. Bayrou, a révélé le peu de sérieux et d’originalité de son programme. Celui-ci, ne reposant que sur l’utopie d’une position intermédiaire entre la droite et la gauche, est désormais caduc. La candidate ultra moderne et sa gauche novatrice n’a fait qu’une bouchée de l’histrion de l’extrême-centre. Sarko n’a qu’à bien se tenir…

Vers 15 heures, il avait beau blâmer ses deux adversaires en train de se livrer à de viles "combines dans un hôtel parisien" pendant que lui était « sur le terrain », « au contact », « à Valenciennes », on sentait bien dans ses paroles toute l’amertume du petit garçon exclu de la cour des grands pour n’avoir pas été gentil et avoir cru pouvoir manœuvrer en douce.

5 commentaires:

J a dit…
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J a dit…

Morale de l'histoire : On peut être sérieux sans se prendre au sérieux.
Je crois que Mme royal a fait une belle opération : elle montre son ouverture d'esprit au delà de son propre parti, une certaine indépendance, une approche nouvelle et plus.. féminine ?de la politique. Bref, elle montre qu'elle peut faire des compromis sans tomber dans la compromission.
M.Bayrou également en sort grandi, et on voit tous les dangers qui guetteraient le candidat Sarkozy, élu président, mais face à une Assemblée avec un nouveau parti au Centre capable de renverser des gouvernements au gré d'une alliance avec la Gauche. Scénario qui n'est pas à souhaiter.
Quant à M. Sarkozy, sa petite stratégie ne tient pas : accuser les autres de magouiller alors que tous les députés UDF ont été contraints de se rallier à lui sous peine de se voir exclus des marchandages des élections législatives, c'est tout simplement minable.

Je commence à croire que les Français ne seront pas dupes.

jps a dit…

tres bonne retranscription et excellente analyse

une manière différente : http://poly-tics.over-blog.com/

segolene-kliniken a dit…

Merci jps. J'ai été voir ton blog : très sérieux et à la pointe de l'actu.

Jean Hugues a dit…

Tput ca est d'autant plus logique que M. Bayrou n'est plus le représentant de l'UDF, il est désormais, grace ou malgrès lui, le représentant d'une forme nouvelle de contestation.

"45% des électeurs Bayrou revendiquent un vote contestataire" - Sondage des internautes sur http://www.ExtremeCentre.fr